Dettes : ne pas attendre pour demander de l’aide
À Vernier, les difficultés liées au surendettement toucheraient près d’une personne sur sept, selon les dernières estimations.
Publié le 27 janvier 2026
Une collègue qui refuse de sortir, un enfant absent des fêtes ou une voisine qu’on ne croise jamais : les personnes en situation de surendettement vivent souvent isolées, par honte ou peur d’être stigmatisées. Pour leur permettre un nouveau départ, la Fondation genevoise de désendettement (FgD) octroie des prêts sans intérêt, parfois complétés par des dons. « Plus de 80 % des personnes aidées s’en sortent durablement », relève Johanna Velletri. Les effets sont multiples : retrouver le sommeil, l’estime de soi et la capacité à se projeter. « Quand tu es endetté, tu es en vie, mais tu ne vis plus. »
À Vernier, commune très touchée par le surendettement, plus d’un habitant sur sept ne peut faire face à ses dettes. Le service de la cohésion sociale a récemment doublé les permanences avec la FgD. Les spécialistes rappellent qu’il ne faut pas attendre pour demander de l’aide. « Beaucoup pensent que ça va aller, mais souvent, la situation s’empire », note Johanna Velletri. Le surendettement survient quand le revenu disponible après le minimum vital ne suffit plus à honorer ses obligations, souvent à cause d’un « accident de la vie » : séparation, maladie, perte de revenus ou d’emploi.
Certaines personnes se retrouvent aussi démunies par méconnaissance de leurs droits ou oubli de démarches administratives. Chez les jeunes, des dettes héritées à la majorité ou des factures d’assurances impayées compliquent la situation. Sonia Monteiro, travailleuse sociale à Vernier, insiste : « Dès que les factures dépassent les revenus, il faut venir nous voir. » Lors du premier contact, la situation est analysée pour stabiliser le budget, réduire les coûts fixes et solliciter les aides financières existantes. « Cela peut être décourageant au début (…) mais ça en vaut la peine. »
« Quand tu es endetté, tu es en vie, mais tu ne vis plus »
Il y a quelques années, les dettes de S. atteignaient plusieurs dizaines de milliers de francs. Aujourd’hui, elle a retrouvé une situation financière stable grâce au soutien du service de la cohésion sociale de Vernier et de la Fondation genevoise de désendettement.
« Être endetté, c’est un traumatisme. Tu es en vie, mais tu ne vis plus » confie S. avec retenue. Témoigner lui permet de mesurer le chemin parcouru et d’adresser un message à celles et ceux qui vivent une situation similaire : oui, il est possible de s’en sortir. Les premières difficultés remontent à une quinzaine d’années, après une séparation compliquée. S. découvre tardivement que ses primes d’assurance-maladie n’ont plus été payées. Privée de permis de séjour à la suite de son divorce, elle enchaîne les emplois précaires avant de retrouver progressivement une stabilité. Mais quelques années plus tard, la perte des allocations chômage de son second mari fait basculer l’équilibre fragile du ménage. Les factures s’accumulent, les créanciers se montrent inflexibles. « Mon mari n’osait plus aller à la boîte aux lettres. Moi, je faisais de mon mieux, mais j’avais l’impression de me battre seule » raconte-t-elle. « Ce qui m’a aidée à tenir ? Mon fils, ma foi et ma conviction que la situation finirait par s’améliorer ». Le déclic survient lors d’un rendez-vous au service de la cohésion sociale de Vernier. En exposant sa situation, S. est accompagnée, soutenue concrètement et orientée vers la Fondation genevoise de désendettement. Les démarches sont longues, l’attente éprouvante. À ce moment-là, ses dettes avoisinent les CHF 50000.-. Lorsque la décision favorable tombe, S. peine d’abord à y croire. Il lui faudra du temps pour retrouver une forme de sérénité et s’autoriser à nouveau des petits plaisirs. Aujourd’hui, elle se dit apaisée. « Je revis » résume-t-elle simplement. Avant de conclure : « S’il y a une chose à retenir, c’est qu’il ne faut jamais cesser d’y croire. »
Permanence désendettement
En collaboration avec la Fondation genevoise de Désendettement (FgD), la Ville de Vernier organise des permanences gratuites tous les premiers jeudis et les troisièmes jeudis de chaque mois, de 14h à 16h au service de la cohésion sociale. En dehors de ces sessions, il est toujours possible de joindre la permanence sociale par téléphone du lundi au vendredi de 14h à 16h ou par mail à l’adresse : conseils@vernier.ch. Des professionnels vous renseignent et vous soutiennent dans vos démarches administratives et financière. Les échanges sont confidentiels et gratuits. Selon la nature des difficultés, notamment liées à l’âge, un soutien spécifique peut-être mis en place.
Info
Service de la cohésion sociale (SCS)
022 306 06 70 – conseils@vernier.ch – www.vernier.ch/desendettement