Cannabinothèque: un projet novateur de santé publique à Vernier

À Vernier, la Cannabinothèque expérimente un modèle inédit de vente encadrée de cannabis. L’objectif: prévenir les usages problématiques, mieux comprendre les pratiques des consommateurs et poser les bases d’une future réglementation. Trois conférences auront lieu le 7 mai à la Ferme Golay.

Publié le 10 avril 2026

Les locaux de la Cannabinothèque à Châtelaine. © Aloïs Rigotti
Les locaux de la Cannabinothèque à Châtelaine. © Aloïs Rigotti

Martine Baudin, vous êtes coordinatrice de l’association ChanGE, qui pilote la Cannabinothèque. Concrètement, de quoi s’agit-il et quelle est sa mission?
La Cannabinothèque est un magasin à but non lucratif, situé à côté de la poste de Châtelaine, qui vend du cannabis dans le cadre strict de l’ordonnance fédérale sur les essais pilotes. Les produits sont issus de cultures biologiques, analysés et proposés avec des taux de THC clairement indiqués. Mais au-delà de la vente, c’est un projet de santé publique.
Notre mission est de prévenir les usages problématiques et de réduire les risques, tout en produisant des données scientifiques utiles à une future réglementation.

Comment s’organise concrètement ce travail de prévention?
Chaque transaction s’accompagne d’un entretien personnalisé: on parle des habitudes de consommation, des effets recherchés, du contexte de vie. Nos vendeurs, professionnels de la vente de produits cannabiques, ont été formés à la prévention et à la promotion de la santé. Nous les accompagnons régulièrement. Une infirmière spécialisée en addiction assure aussi une permanence gratuite et confidentielle, sans dossier, ni objectif thérapeutique, mais comme ressource pour les participants et l’équipe.

Qui participe à l’essai et comment s’est faite la sélection?
Les participants et participantes doivent être majeurs, domiciliés dans le canton de Genève, avoir consommé au moins une fois par mois durant les six derniers mois précédant l’inscription, ne pas être en traitement récemment pour usage problématique, ni présenter de diagnostic psychiatrique. Et pour les femmes, ne pas être enceintes.
La sélection a été menée par l’équipe scientifique afin de garantir la validité de l’étude. Notre panel est désormais complet, avec 1'500 personnes inscrites.

Quel est l’apport scientifique du projet?
Les participants remplissent des questionnaires avant le premier achat puis tous les six mois pendant trois ans. L’objectif est de documenter les effets d’une régulation contrôlée à la fois sur la consommation des participants et sur la vie du quartier dans lequel se situe le point de vente.

Quels sont les retours des consommateurs?
Beaucoup disent se sentir enfin reconnus. Ils apprécient la qualité des produits, la diversité de l’offre et le fait de sortir du marché illégal. Le public va de 18 à 81 ans, majoritairement des hommes de plus de 40 ans, souvent bien insérés.

Que dites-vous à celles et ceux qui redoutent ce type d’initiative?
Les expériences permettent d’entrer en contact avec les usagers et de mener un vrai travail de santé publique. À Vernier, il n’y a eu ni nuisance, ni insécurité. Aucun incident n’a été signalé autour du point de vente. C’est un projet très encadré, qui vise à construire une politique plus cohérente, réaliste et responsable.

© Aloïs Rigotti
© Aloïs Rigotti

Trois conférences sur le cannabis se tiendront le 7 mai à la Ferme Golay
Plante ancienne aux usages multiples, le cannabis est aujourd’hui au coeur de débats de société complexes. Pour en parler de façon factuelle et éclairée, l’association ChanGE organise une soirée articulée autour de trois conférences.

• La première conférence retracera l’histoire botanique et culturelle du cannabis, de ses usages ancestraux (médicaux, rituels, textiles) jusqu’à sa criminalisation progressive au XXe siècle.
• La deuxième conférence abordera les types de cannabis (thérapeutique, CBD, récréatif ), les effets sur la santé, la distinction entre usage et dépendance, ainsi que les outils de réduction des risques.
• Grande invitée de cette troisième conférence, l’ancienne présidente de la Confédération et actuelle présidente de l’association ChanGE, Ruth Dreifuss, exposera le cadre juridique suisse et international, ainsi que les enjeux de l’avant-projet de loi sur les produits cannabiques (LPCan).

Rendez-vous le jeudi 7 mai de 18h à 20h à la Ferme Golay, av. Edmond-Vaucher 5, 1219 Châtelaine. La soirée se conclura par un débat ouvert, suivi d’un apéritif. Entrée libre, sans inscription

Info
Pour tout renseignement sur la consommation de cannabis ou sur les conférences :
contact@changegeneve.ch